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La terreur au Sahel ou l’humanisme rubis sur pieu d’un négociateur

 Au moment où les pays du Sahel s’emploient à unifier les efforts pour mettre en place une force militaire commune capable enfin de mettre la région à l’abri de la terreur, qui y sévit depuis quelques années, il serait opportun de questionner toutes les dynamiques et philosophies, qui auraient pu engendrer, sinon contribuer, même si en partie, au chaos sahélien.

Si des hommes, élisant demeure au fond du sable, sans repère possible, ni repaire fixe,  arrivent à acquérir armes, munitions de guerre et argent pour instaurer la terreur et faire reculer toute organisation étatique dans le désert sahélien, en frappant, fort, à chaque fois, là où on ne soupçonnait guère, occasionnant ainsi pertes humaines et matérielles, enlevant, au passage,  des ressortissants occidentaux, continuent à faire régner la peur c’est qu’ils savent compter sur une alliance solidement ancrée dans l’au-delà de la simple chance, ou l’aléatoire.

On sait que le géniteur, précurseur de la Qaeda, Ben Laden, avait pu ériger son empire sur sa puissance financière personnelle. Il a frappé au Soudan, à Dar Essalam, en Afganistan, aux Etats Unis d’Amérique, la première puissance du Monde, grâce à un réseau, qui ne souffrait aucunement d’une logistique financière. Ensuite, il a pu, toujours grâce à ses dollars intarissables, atteindre par ses attaques toute cible qu’il jugerait opportune.

Daech, plus tard, allait naître en Irak, évoluant par la suite vers la Syrie. Ce mouvement tire sa force financière de la manne pétrolière, puisqu’il a mis d’une manière formelle sa main sur bien des ressources de l’or noir qui lui a permis de coopter et recruter des centaines de milliers de jeunes, des désespérés des politiques gouvernementales de cette région arabo-musulmane.

Michel Collon, un anti-impérialiste, auteur de plusieurs ouvrages, qui décalent des sentiers battus, fondateur du collectif Insvestiga’Action, faisait publier, le 17 septembre 2015, dans son site un article intitulé ‘’ Comment Boko Haram se finance-t-il ? Enquête sur une multinationale du crime :’’, dans lequel ( parlant de cette organisation qui sème la terreur entre le Nigéria, le Caméroun, le Niger..etc, ) il évoquait ‘’de vulgaires criminels qui usent de la terreur et de brigandages pour amasser de l’argent’’.

Aussi révèle-t-il, dans le même texte, un appui précieux de l’Etat du Qatar, citant, Chouet, ancien directeur du renseignement de sécurité à la DGSE (services secrets français), qui dit que ‘’ Boko Haram n’est pas le mouvement de fous furieux présenté par les médias, mais une organisation plus structurée largement soutenue financièrement par les monarchies pétrolières du Golfe. Pour lui, les rançons « c’est juste une partie du magot » : « Quand vous montez une armée — et Boko Haram commence à ressembler à une armée avec plusieurs milliers de personnes —, il faut avoir des revenus réguliers. Le brigandage et les prises d’otages ne le permettent pas. Il faut un fonds de réserve qui permette de payer les soldes en permanence et d’alimenter les troupes, ce n’est pas forcément très cher mais il faut que cela soit régulier. C’est là qu’interviennent les porteurs de valises, les intermédiaires, ce sont des Africains en général qui sont bien en cour auprès de certaines pétromonarchies. Ce sont des choses qui sont connues des services de renseignement, mais comme la tension monte, ce n’est pas tellement à la mode de le dire ».

Le texte surenchérit et note sans demi-mot : ‘’Première piste pour ce financement international : le Qatar. Des informations de la Direction du renseignement militaire français (DRM), mettent régulièrement le riche émirat gazier du Qatar en cause dans le financement des groupes islamistes qui sévissent sur le continent, y compris Boko Haram. Le prince Hamad Ben Khalifa al-Thani étant présenté comme un grand allié des autorités françaises, personne n’ose lui faire de reproches. Il est bien trop riche pour qu’on se le permette.’’

Pour revenir aux mouvements terroristes dans le Sahel, qui sèment le désordre, au Mali, la terreur au Niger, l’insécurité au Burkina Faso, ne serait-il pas temps d’interroger  l’épineuse question logistico-financière qui se pose de plus en plus aujourd’hui, où les pays du G5-Sahel, mettant à contribution la communauté internationale, se démènent, non sans difficulté,  à monter une force militaire commune pour combattre les groupes terroristes, qui écument dans la région sahélienne.

Toutefois, on ne saurait assimiler les différents mouvements terroristes qui déstabilisent le Sahel à des vulgaires criminels, à l’image de leur versant ouest-africain du Nigéria, tels que décrits par le site Investiga’action.net. Ils ne sauraient, c’est une Lapalissade, être comblés de vertus. Mais, le mode opératoire, jusqu’ici, en tout cas, adopté par ces terroristes du Sahel, diffère quelque peu de celui de leur semblables plus à l’Ouest de l’Afrique, et  n’en saurait faire, donc, des simples  ‘’arracheurs’’ tous azimuts, d’argents auprès des autochtones. C’est tout le contraire, ou presque, car, c’est bien grâce à leur argent, produit, en grande partie,  des butins en rançon rubis sur ongles, que les terroristes du Sahel parviennent à acheter la connivence silencieuse des certaines fragiles populations de la région.

C’est pourquoi, et en amont de la mise en place opérationnelle de la force militaire commune du G5-Sahel, il demeure plus que nécessaire d’assécher toutes les sources de financement qui ont, jusque-là, permis la prolifération des groupes terroristes dans cette partie du Continent.

Dans son édition n° 2966, du samedi 11 novembre 2017, l’hebdomadaire Jeune Afrique, parle de l’examen de clichés qui remettent, encore une fois, au centre de la polémique suscitée depuis quelque temps,  la question de la proximité troublante entre l’un des négociateurs attitrés des rapts perpétrés par les bandes terroristes du Sahel contre les ressortissants occidentaux.

Ce négociateur n’est autre que l’ancien conseiller et homme à tout faire de l’ex dictateur burkinabé, du nom de Moustafa Chafi. L’actuel président burkinabé, dont le pays a été une nouvelle cible, depuis son élection, a accusé récemment, dans une interview qu’il a accordée à TV5, la main invisible de son prédécesseur  d’être derrière les assauts désormais réguliers de sa capitale et de bien d’autres villes du pays.

Moustafa Chafi, qui, dit-on, jouit d’une bonne aura auprès des groupes terroristes aime bien, quant à lui, parler d’actions purement humanistes, à chaque qu’il est appelé à négocier la libération des otages occidentaux. C’est bien facile de prétendre un tel humanisme, mais le hic, c’est que, à chaque fois, que le sieur humaniste Chafi libère un otage occidental, il empoche une retro-commission en euro ou en dollar. Et parler d’humanisme, quand on perçoit de l’argent en retour, n’est tout simplement pas crédible.

Ben Aflaq

 

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